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25/06/2012

Obama, un Président pacifiste devenu shérif du Far West

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Paris Match consacre cette semaine un reportage à  « ‘La guerre des drones’, l’arme fatale d’Obama. Le reporter Régis Le Sommier revient, pour l’hebdomadaire, sur l’utilisation de ces arsenaux militaires, des avions sans pilotes, qui ont permis à l’Amérique de décapiter Al-Quaïda. L’occasion de remettre en question la remise, à Barack Obama, du Prix Nobel de la Paix en vue de la pacification mondiale à laquelle il était supposé participer. De trois attaques de drones en 2006, leur nombre est passé à trente-cinq en 2008 puis à cent dix-sept en 2010, l’année record : l’enquête de Paris Match remet sérieusement en cause cette étiquette de Président de la paix.


7.jpg« [Grâce à la précision des drones], je vois leurs visages. Je peux les observer pendant des heures. Je les vois jouer avec leurs enfants, parler à leurs femmes. Et quand ils sont seuls, je n’ai aucun état d’âme à les pulvériser. Mon travail ne s’arrête pas aux frappes : je compte les morts, j’assiste aux enterrements » : le témoignage de cet opérateur fait froid dans le dos. Il manœuvre son drone depuis la base de Creech, dans le désert du Nevada, explique Régis Le Sommier pour Paris Match. Le journaliste révèle que le président américain doit approuver toutes les frappes. Il interroge les quelques personnages atypiques issus du milieu militaire qui entourent le Président pacifiste dans son apprentissage de la guerre. L’un d’eux explique la conversion en « guerrier des drones » de Barack Obama : « il préfère s’attaquer aux terroristes avec un scalpel plutôt qu’avec un marteau » explique John Brennan, ancien flic venu épauler le président dans la lutte anti-terroriste, faisant référence aux frappes signées dites « meurtre de foule » auxquelles Barack Obama préfère les attaques ciblées des drones. Il y aurait actuellement 7.000 drones prêts à l’emploi aux Etats-Unis.

 

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« Il n’était pas préparé pour cautionner un tel carnage : huit fois plus de missiles tirés en un an de sa présidence que pendant tout le règne de George Bush. C’est beaucoup pour quelqu’un qui, jeune sénateur de l’Illinois, se faisait connaître en 2004 comme un opposant farouche à l’intervention armée en Irak. Il fut élu en partie pour corriger les excès de la lutte contre le terrorisme livrée par Bush, pour la rendre compatible avec les valeurs américaines » explique l’hebdomadaire français qui enchaîne : « L’apprentissage est rude ; les états d’âme du président, nombreux. La première frappe qu’il autorise est une catastrophe(…) Sous les ruines fumantes du village de Karez Kot (Pakistan), il n’y aucun terroriste mais toute une famille : 19 morts. La bavure fait la une des journaux (…) Néophyte en matière de terrorisme, peu rompu à la culture militaire, Obama découvre avec stupeur que la cible du missile n’était pas formellement identifiée ».

4 ans plus tard, Obama n’est plus un néophyte. Il négocie sa réélection face à une opinion publique à 62% favorable à ces frappes ciblées. L’enquête de Paris Match conclut : « Obama a le choix : arrêter [les terroristes] ou les tuer. Mais, tel un shérif du Far West à la gâchette facile, il opte presque tout le temps pour la seconde solution ».

Une liberté octroyée à l'administration Obama qui inquiète: le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, Ben Emmerson, a exhorté Washington à justifier ses attaques de drones, indiquant que si les Etats-Unis ne menaient pas d'enquête "appropriée" alors les Nations unies devraient s'en charger. Il veut notamment savoir sur quelle base juridique Washington s'appuie pour mener ces raids. Quelques jours plus tôt, le rapporteur spécial de l'ONU sur les exécutions sommaires, extra-judiciaires ou arbitraires dans les zones de conflits, Christof Heyns, avait déjà fait part de son "inquiétude" concernant les exécutions délibérées par les Etats-Unis."Le gouvernement américain devrait clarifier les procédures en place pour s'assurer que toutes les attaques ciblées sont conformes au droit humanitaire international et aux droits de l'homme", indique notamment le rapporteur.

 

Caroline Grimberghs

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