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22/08/2012

Les relations compliquées de Mitt Romney avec le droit à la vie

romney,ivg,avortement,droit à la vieLes déclarations polémiques de Todd Akin, sénateur républicain du Missouri, se déclarant fermement opposé à l’avortement, ont poussé Romney à se désolidariser de son confrère. Quelques heures plus tard, le Grand Old Party annonçait vouloir interdire tous les avortements et de conférer aux foetus des protections constitutionnelles. Pour Todd Akin, en cas de viol, c’est le violeur qui doit être puni et non l’enfant à naître. Dans cette logique si logique, l’avortement n’est donc pas une option pour la femme victime d’un rapport sexuel non consenti. "D’après ce que j’ai compris des explications données par les docteurs, il est très rare que les femmes violées tombent enceinte. Si c'est un viol légitime, le corps féminin a des moyens d'empêcher que cela arrive." Cet argument imparable du sénateur républicain embarrasse Mitt Romney.  Quelques jours plus tôt, il avait nommé son colistier et opté pour Paul Ryan, un député du Wisconsin aux idées morales conservatrices. Le candidat républicain à la présidentielle tente de contenter tout le monde ... au risque de ne convaincre personne.


On dit de Mitt Romney qu’il est ‘modéré’ sur la question du droit à la vie. Pour un Républicain, s’entend. On dit aussi de lui qu’il est une girouette car il a changé d’avis sur la question de l’avortement en cours de carrière politique, ce qui lui vaut le doux surnom de ‘Flip-flop Romney’ et la méfiance des ultra-conservateurs, frange importante de l’électorat républicain. L’homme explique avoir eu une ‘épiphanie pro-vie’, alors qu’il observait des cellules souches dans un microscope en 2004. Les ultra-conservateurs républicains l’estiment trop ouvert. Le centre, déçu par Obama, trouve son discours trop fermé. Pour Mitt Romney, il faut jongler entre ses convictions profondes, les préceptes de sa religion mormone, les choix de ses enfants dont la presse se gausse, et l’opinion publique.

Si l’avortement est légal aux USA depuis 1973 et le célèbre décret Roe V.Wade, aucun droit n’est définitivement acquis et certains craignent qu’élire Mitt Romney à l’investiture suprême puisse le remettre en cause. En 2002, alors candidat au poste de gouverneur du Massachussetts, Romney propose un moratoire sur l’avortement. Même s’il déclare ne pas envisager de remettre en question le droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), il s’y déclare personnellement opposé. Une fois élu gouverneur, il pose son véto à un projet de loi étendant le financement de la recherche sur l’embryon, il déclare son soutien à un amendement constitutionnel visant à protéger la vie dès le moment de la conception, s’oppose au financement de l’avortement par l’argent du contribuable, menace de couper tout financement public à l’organisation pratiquant le plus d’avortements aux Etats-Unis, etc. Des prises de positions que l’on pourrait difficilement qualifier de pro-IVG mais dans le monde manichéen des ultraconservateurs, l’engagement de Mitt Romney pour la vie n’est pas assez clair.

romney,ivg,avortement,droit à la vie"S'il ya un cas où la vie de la mère est en danger en raison de la poursuite de la grossesse, alors l'avortement est acceptable" déclare Mitt Romney. Sacrilège pour les ‘pro-life’ qui ont dès lors de plus en plus de mal à soutenir le candidat républicain. Qui va même plus loin : Romney ose l’affirmer, en cas de viol ou d’inceste, il soutient l’avortement. La frange conservatrice du parti est touchée au cœur et les ultra-conservateurs chrétiens ne se retrouvent pas dans ce discours. Le choix de son colistier vise sans nul doute à convaincre cette part importante de l'électorat républicain. Paul Ryan s'est par le passé exprimé contre la pilule contraceptive, la fécondation in vitro mais également contre l'avortement y compris en cas de grossesse non-désirée suite à un viol ou une relation incestueuse. Les déclarations du sénateur Akin auront au moins eu le mérite de pousser le ticket républicain a être clair sur ses intentions: lundi, une porte-parole avait souligné qu'un président Romney ne s'opposerait pas aux avortements en cas de viol. "Les déclarations de M. Akin sont insultantes, impardonnables et franchement, fausses. Comme des millions d'Américains, je les trouve insultantes", a déclaré Romney au National Review Online.

Mais l'homme n'aura sans doute jamais mieux porté son doux surnom de 'flip-flop': quelques heures plus tard, le parti républicain adoptait une position strictement anti-avortement, même dans les cas de viol ou d'inceste, dans son programme de gouvernement qui sera présenté et, en principe avalisé, lors de la convention présidentielle de la semaine prochaine. Dans la continuité des documents comparables adoptés depuis 2000, le Grand Old Party prévoit d'interdire tous les avortements et de conférer aux foetus des protections constitutionnelles.

romney,ivg,avortement,droit à la vieAutre sujet de controverse pour les ultra-conservateurs républicains: plusieurs des fils de Mitt Romney ont eu recours à des mères porteuses, dites ‘gestational surrogate’, c’est-à-dire que les embryons sont génétiquement ceux des parents puis injectés dans le corps de la mère-porteuse. Une pratique critiquée par les plus radicaux au sein des mouvements anti-avortement car les embryons ‘non-nécessaires’ sont détruits une fois la fécondation réussie. De plus, le livre de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours qui régit la religion mormone, décourage fortement le recours à cette pratique.

Dans la lutte menée par le Président Obama pour faire passer la réforme de la santé, un amendement avait à l'époque reçu les faveurs du candidat Romney. Le sénateur Blunt propose que les employeurs octroyant une assurance-maladie à leurs employés puissent prendre la décision de ne pas couvrir les frais liés à des ‘comportements moralement répréhensibles’. Comme quoi, par exemple ? La contraception, pardi !


Caroline Grimberghs

 

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