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31/07/2012

De l’importance de convoiter les juifs américains

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Quand Barack Obama a rejoint le bureau ovale, il est apparu comme celui qui allait relancer le processus de paix au Proche-Orient. L’homme a même reçu le Prix Nobel de la Paix, en gage de cette volonté de dialogue. 4 ans plus tard, le comité s’en mord-t-il les doigts ? En septembre 2010, Obama prônait la création d’un État palestinien indépendant et souverain. Pourquoi, en année électorale, ce discours ne tient-il plus la route ? Parce que le vote de la communauté juive peut s’avérer crucial dans les ‘swing states’ ? Barack Obama affirme aujourd’hui le soutien ‘ inaltérable’ de Washington à Israël. Mitt Romney a-t-il, lui aussi, bien compris l’importance de s’attirer les faveurs de cette communauté, déclarant lors d’un passage devant le mur des lamentations à Jérusalem, être « très ému de se trouver dans la capitale d’Israël » ? Une déclaration pour le moins polémique sachant que la paternité de la ville de Jérusalem est l’une des pierres d’achoppement du conflit israélo-palestinien. Katya Long, spécialiste de la politique américaine à l’ULB, tempère ce point de vue.


« Il est vrai qu’Israël entretient avec les Etats-Unis, une relation privilégiée. C’est un état de fait qu’il faut garder à l’esprit. Mais cette ‘loyauté indéfectible’ est de plus en plus remise en question. La théorie de la dépendance au sentier (path dependence en anglais – un ensemble de décisions passées influent sur les décisions futures) est encore bien réelle dans les relations américano-israéliennes et il est difficile de s’en écarter. Cela prend du temps mais les choses changent. Avant, toute critique était considérée comme de l’antisémitisme. Aujourd’hui, il y a de plus en plus un positionnement interrogatif » explique-t-elle.

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(Barack Obama entouré des leaders des groupes de pression pro-israéliens lors de la signature de la Loi de Coopération et de Sécurité renforcée USA-Israël le 27 juillet 2012)

 Pourquoi est-il si important de s’attirer les faveurs de la communauté juive pour remporter une élection présidentielle dans la mesure où cette communauté représente à peine 2% de la population des USA ?

D’abord, il faut être conscient que la communauté juive aux Etats-Unis est très diverse même si l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le plus connu de ces groupes de pression, défendant la politique radicale du gouvernement israélien, a tout intérêt à faire croire que la communauté juive dans son ensemble soutient le même point de vue qu’eux. L’importance des lobbies pro-israéliens doit être nuancée. L’AIPAC est très influent, mais surtout au Congrès, plus que lors d’une élection présidentielle et il faut savoir que ceux-ci ne donnent jamais de consigne de vote.  De plus, seuls 22% des juifs américains déclarent que les relations avec Israël sont une priorité pour eux. Mais ce qui est vrai, c’est que la communauté juive est électoralement très importante depuis longtemps en raison de la combinaison de différents facteurs. Premièrement, les sondages par appartenance religieuse montrent que c’est une communauté qui vote beaucoup. Deuxièmement, ils sont concentrés dans quelques Etats et pas éclatés sur le territoire. Ce qui amène au troisième point : ils sont concentrés dans des Etats clés et, avec le système des grands électeurs, il est difficile de remporter ces Etats sans le soutien de la communauté juive. C’est le cas dans l’Etat de New York, dans le New Jersey, en Californie ou, particulièrement cruciaux cette année, dans les Etats de l’Ohio, la Pennsylvanie et la Floride. Tous ces facteurs font qu’ils pèsent sur l’élection présidentielle de manière disproportionnée par rapport à leur nombre.

La déclaration de Romney - ‘Jérusalem, capitale d’Israël’ - est-ce un dérapage diplomatique ou une petite phrase réfléchie ?

C’est une déclaration mûrement réfléchie mais qui ne s’adresse pas à la communauté juive. En disant cela, Romney s’adresse à la base conservatrice des Républicains : les blancs évangélistes qui pensent que le retour du Messie ne sera possible que lorsque l’ensemble des Juifs auront pu rejoindre la terre d’Israël. Ces groupes sont donc très pro-israéliens et attachent beaucoup d’importance à la relation des USA avec Israël. Ils sont la base du parti républicain et se sont longtemps méfiés du candidat Romney en raison de son appartenance à la religion mormone. Les convoiter est donc important pour le candidat républicain.

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Barack Obama a changé son fusil d’épaule en cours de présidence sur la question d’un Etat palestinien. Pourquoi ?

Très concrètement, il n’a plus le temps de s’occuper de la paix au Proche-Orient avec la crise économique, l’emploi et tous les problèmes internes auxquels il a du faire face pendant son premier mandat. Il ne peut plus se permettre d’essayer de régler ce problème : il n’a plus ni le temps ni l’énergie nécessaire. Mais traditionnellement, au cours du premier mandat, les présidents ne font rien sur ces questions-là et y consacrent une part importante de leur deuxième mandat. La différence, ici, c’est que Barack Obama avait expressément déclaré qu’il s’en occuperait pendant son premier mandat mais il n’en a pas eu l’occasion. Je pense sincèrement qu’il le fera s’il est réélu car en dépendra la place qu’il laissera dans les livres d’histoire. En réalité, Barack Obama est resté assez constant dans la théorie. Son revirement est essentiellement conjoncturel mais il reviendra au discours de 2010 prônant deux Etats.

Un candidat qui se proclamerait clairement pour la cause palestinienne n’a –t-il absolument aucune chance d’être élu ?

La communauté juive aux Etats-Unis vote démocrate. Après les Noirs, ce sont ceux qui votent le plus ‘par communauté’. Romney pourra faire ce qu’il veut, il n’obtiendra pas la majorité de l’électorat juif et il le sait. Seul Reagan était parvenu à inverser la tendance, et encore de manière très limitée, parce qu’à l’époque la politique de Jimmy Carter ne soutenait pas assez Israël du point de vue des Juifs des Etats-Unis. Mais malgré les relations tendues qu’Obama entretient avec Netanyahou et le gouvernement israélien, il continue à bénéficier majoritairement du vote juif. Et en 2008, malgré un positionnement relativement pro-palestinien, Barack Obama a remporté l’élection présidentielle. L’électeur juif connaît la position d’Obama et l’a élu en 2008 à près de 80%.

 

Entretien : Caroline Grimberghs

 

 

 

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