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20/08/2012

La crise européenne impacte aussi les USA

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Barack Obama, en pleine campagne pour sa réélection, pourrait en pâtir. Les liens entre USA et Europe demeurent étroits, malgré leurs différences."Le fait que l’Europe soit jugée fragile et vulnérable crée en effet des problèmes pour les Etats-Unis car c’est une preuve que l’économie globale n’est pas capable de se remettre debout. Cette situation peut mal tourner politiquement pour Barack Obama" estime Irène Finel-Honigman, professeure en finance internationale à l’Université de Columbia à New York et spécialiste des institutions européennes


Les Etats-Unis ont leurs propres défis économiques et politiques. Se préoccupent-ils de la situation en Europe ?

Les Etats-Unis sont en pleine campagne électorale. Il est donc très facile d’attribuer à l’Europe tout un tas de points négatifs. Il est amusant de voir à quel point l’Europe est stéréotypée outre-Atlantique. C’est le cas aussi bien côté républicain que démocrate, d’ailleurs, qui vous disent que l’Amérique ne doit jamais devenir comme la Grèce. Cette comparaison n’a aucun sens. Les marchés dans un état d’hystérie ont créé l’image d’une Europe en crise constante. Ils donnent l’impression que tout peut s’écrouler tout d’un coup. Souvent, cette image de la Grèce et de l’économie européenne au bord du gouffre devient une métaphore du scénario catastrophe. Au lieu de discuter des véritables problèmes et des véritables sujets, comme les relations fortes qui existent toujours entre les Etats-Unis et l’Union européenne, sur le plan notamment du commerce extérieur, où ils sont réciproquement leurs premiers partenaires, on se perd dans ce genre de bruit de fond contre-productif.

Les acteurs américains comprennent-ils les subtilités du système européen ?

Ces subtilités sont comprises en partie dans les milieux académiques ou dans les grands médias comme le "Wall Street Journal" ou le "New York Times". Mais on me demande très souvent, par exemple, pourquoi la Banque centrale européenne (BCE) ne peut pas intervenir directement dans les problèmes de la Grèce. Aux Etats-Unis, s’il y a un problème au Texas ou au Connecticut, la Réserve Fédérale peut intervenir. Il n’existe pas non plus l’équivalent du Trésor américain pour l’Union européenne. Tout cela devient encore plus compliqué du fait qu’en Europe même, on est en train de redéfinir ces fonctions. Ces distinctions ne sont toujours pas très bien comprises. C’est très dommage car il serait utile de faire comprendre quelles comparaisons sont valables et quelles comparaisons sont complètement ridicules.

Quels sont les signes ou les indicateurs qui intéressent les marchés pour juger la situation en Europe ?

Là encore, on assiste à une complication du fait que cette crise est toujours nommée "euro crisis" (crise de l’euro). Or les grands spécialistes des marchés monétaires savent bien qu’il ne s’agit pas d’une crise de la monnaie. Quand bien même l’euro monte et l’euro descend, nous n’avons pas vu de chute ou des hausses dramatique. Il s’agit beaucoup plus d’une crise des dettes souveraines, d’une crise économique profonde, car certains pays sont en récession. Cette crise est donc mal nommée mais les marchés arrivent à faire la différence. Ils regardent un tout petit peu les problèmes en Grèce, ceux qui n’ont pas été résolus en Espagne, en Italie. Il est difficile de savoir comment tout cela va jouer à la rentrée. Avec le scandale actuel du Libor, ce qui a vraiment névrosé les marchés ce sont les pertes qui continuent de s’accumuler pour JP Morgan. Barclays et JP Morgan étaient les deux institutions financières qui ont été les moins impliquées dans la crise, qui dans un sens ont joué les sauveteurs et qui inspiraient confiance. Tout à coup, le fait que ces deux institutions soient fragilisées a créé un choc sur les marchés.

Le ralentissement de la croissance en Europe peut-il avoir un effet boomerang aux Etats-Unis ?

Le fait que l’Europe soit jugée fragile et vulnérable crée en effet des problèmes pour les Etats-Unis car c’est une preuve que l’économie globale n’est pas capable de se remettre debout. Cette situation peut mal tourner politiquement pour Barack Obama. Si l’économie mondiale reste faible, les Etats-Unis en pâtissent également. Il y a malgré tout un point positif au tableau : le fait que Ben Bernanke à la Réserve fédérale et Mario Draghi à la BCE se connaissent depuis longtemps et sont sur la même longueur d’onde. Je dois dire qu’ils sont les seuls encore capables de stabiliser les marchés. Ils donnent l’impression de partager la même politique et d’avancer avec prudence. J’ai le sentiment que les leaders actuels, que ce soit Ben Bernanke, Mario Draghi, Christine Lagarde ou Angela Merkel ont conscience que ce genre de crise ne peut pas être résolu dans l’urgence. C’est la grande différence avec le désir des marchés qui veulent des résolutions immédiates. Il n’y aura pas de résolution immédiate.

Propos recueillis par Stéphanie Fontenoy, correspondante à New York

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