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22/08/2012

Lettre ouverte à Todd Akin: violée et enceinte, elle raconte son combat

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Les déclarations du sénateur républicain Todd Akin continuent de faire parler. Alors que l'homme s'est épenché, dans un pamphlet anti-avortement, sur la capacité du corps féminin à ne pas "accepter" de grossesse suite à un acte de "viol légitime", les réactions fusent. Le Président Obama s'est officiellement offusqué de telles paroles et les témoignages affluents sur le net de femmes vitimes de viol effrayées d'entendre ce genre de discours dans la bouche d'un élu américain.

Voici la traduction de l'un de ces témoignages, publié sur le blog xojane.com.


Cher Mr.Akin,

todd akin, mitt romney, viol, avortementMon nom est Shauna Prewitt. Vous ne me connaissez pas mais vous devriez. Je suis l’une des quelques 25.000 femmes qui, chaque année, tombent enceinte suite à un viol et je voudrais vous aider à avoir plus d’empathie envers mon histoire.

Pendant ma dernière année à l'université, j’ai vécu une expérience dont les effets ont été tellement importants que, depuis que cet évènement a eu lieu, il est devenu le point de référence à partir duquel s’est construit tout le reste de ma vie : j’ai été violée. Je ne sais pas si, selon vos termes, il s’agit d’un ‘viol légitime’. Oui, j’ai crié hystériquement. Oui, je me suis débattue jusqu’à ce que mon corps me fasse mal. Et oui, j’ai changé suite à cet évènement d’une manière que je n’aurais jamais pu imaginer.

Avant mon viol, je vivais normalement. Une histoire banale pour une étudiante de 21 ans. J’étais jeune, vive, confiante et excitée par un futur qui ne m’était jamais apparu plus à ma portée. En un seul instant qui change la vie, tout cela m’a été arraché. Physiquement, je paraissait être la même après le viol, mais à l’intérieur, je me sentais prise au piège et incapable de faire quoi que ce soit parce que je me sentais dégradée, apeurée, faible et impuissante. Chaque moment, pendant et après mon viol, est devenu agonie. Je n’avais même pas 22 ans et ma vie telle qu’elle était n’existait plus. Ai-jerépondu assez « légitimement » pour vous?

Ma méthode pour faire face, ou plutôt pour survivre, a été de prétendre que mon viol n’avait jamais eu lieu. Je l’ai traité comme un cauchemar fictionnel. Je me suis convaincue moi-même que si je vivais comme avant, je serais comme avant.  Un mois après, j’apprenais que j’étais enceinte de mon violeur. J’ai alors ressenti plusieurs choses : la peur, le choc et même la trahison de mon corps vis-à-vis de moi. Mais surtout, je me suis sentie violée encore une fois. Ma grossesse le rendait réel. Cela s’était bien passé.

Compte tenu de votre sous-estimation des pouvoirs du corps humain, je suppose que vous avez conclu abruptement que vous savez comment mon histoire se termine. Mais il ne faut jamais sous-estimer la complexité des sentiments humains. Bien que je n’ai pas été en mesure de l'exprimer pendant des mois, je ressentais une curieuse émotion vis-à-vis de la vie qui grandissait à l'intérieur de moi, une émotion qui, à la fois, m’animait et me faisait éprouver une honte intolérable. A ma grande surprise, je n’ai pas complètement détesté la vie qui grandissait en moi. Je ressentais plutôt une sorte de lien qui, peut-être  ne se développe qu’entre deux personnes qui ont souffert ensemble.

Je reconnais que ces sentiments m’ont fait me sentir pendant longtemps comme une mauvais victime de viol. Pourquoi ne ressentais-je pas de haine ? Pourquoi, au lieu d’apparaître comme une source d’obscurité pour mon avenir, cette grossesse apparaissait, au contraire, comme source de lumière ? La réponse est peut-être aussi simple que ça : le viol n’avait pas altéré la capacité naturelle de mon corps à être enceinte, il n’avait pas foulé au pied cette possibilité. Cela n’a pas été une décision facile mais j’ai finalement choisit de donner naissance et d’élever l’enfant que j’avais conçu à travers ce viol. Mais ni le fait d’être tombée enceinte, ni le fait d’avoir ressenti une joie inimaginable pendant ces 7 années avec ma fille ne font de moi une victime ‘illégitime’ de viol.

Même si je me suis sentie morte après mon viol, mon corps était encore en vie. En quoi l’essence même d’un être vivant, créer la vie, diminue en quoi que ce soit le fait que je sois une victime ? Aujourd’hui, je suis avocate et une mère célibataire débordée. Mon viol est à la base de ces deux éléments de ma vie. J’ai commencé mes études de droit après avoir appris que la grossesse émanant d’un viol provoquait de multiples obstacles à traverser pour la femme qui décide d’élever son enfant. Dans beaucoup d’Etats, un violeur conserve ses droits de visite et de garde vis-à-vis de son enfant, même conçu suite à un acte criminel.

Je pense que la manière dont la société et plus spécifiquement les législateurs parlent du viol – souvent sans base raisonnable- restreint notre capacité à faire passer des lois offrant des protections significatives. Après tout, pourquoi édicter des lois retreignant les droits des pères auteurs de viols quand de trop nombreux législateurs arguent, sans reposer sur aucun fait scientifique, que la femme ‘lgitimement violée’ ne déciderait jamais d’élever un enfant né d’un tel crime ? Pourquoi édicter une loi puisque les femmes ne peuvent pas tomber enceinte de leur violeur ?

Mr Akin, votre déclaration est un nouveau revers à la cause que je défends avec ferveur depuis que ma vie à changé pour toujours, depuis que j’ai été violée et suis tombée enceinte de ce violeur à l’âge de 21 ans. Mais votre déclaration n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Mon viol n’a pas mis fin à ma vie, et je suis devenue une personne plus forte après cet évènement. Je me battrai pour éteindre le feu de vos déclarations incendiaires avec autant d’ardeur que je me suis battue pour récupérer une vie ‘vibrante’.

L'article dans sa version intiale est disponible ici

 

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