Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

26/09/2012

La religion d'Obama

obama, L'innocence des musulmans, Chris Stevens, ONU

Le Président a prononcé, devant l’Onu, un discours rompant avec la tradition. Il fut presque entièrement consacré aux tensions avec le monde musulman.

Par notre envoyé spécial à New York, Philippe Paquet

LIRE AUSSI:

Quelle est encore l’importance de la question raciale dans l’élection américaine 2012 ?

"Si Romney suggère que nous devrions lancer une autre guerre, il devrait le dire"


obama, L'innocence des musulmans, Chris Stevens, ONUEn commençant et en concluant son discours devant l’Assemblée générale des Nationes unies par une évocation de Chris Stevens, le consul des Etats-Unis assassiné, le 11 septembre, à Benghazi, en Libye, Barack Obama a donné, mardi, à New York, une tonalité très émotionnelle à un exercice qui s’est révélé différent des années précédentes.

La campagne électorale, qui est entrée dans sa dernière ligne droite pour la présidentielle du 6 novembre, y est indéniablement pour quelque chose. M. Obama pouvait difficilement l’oublier : Mitt Romney, son rival républicain, était lui aussi à New York mardi, pour présenter, deux heures avant la prestation du président sortant à l’Onu, sa vision du monde, à l’invitation de Bill Clinton dans le cadre de son forum Clinton Global Initiative.

Plutôt que de passer en revue, comme à l’accoutumée, les dossiers chauds du moment et de rappeler tout ce que son pays fait pour la paix et la prospérité de la planète, Barack Obama s’est presque entièrement concentré sur les tensions actuelles avec le monde musulman et, plus largement, sur les rapports entre respect des religions et liberté d’expression.

C’est le film controversé "L’innocence des musulmans" qui, naturellement, a dicté ce choix, conférant aux auteurs de cette obscure vidéo un honneur qu’ils n’auraient jamais pensé mériter. Si le président américain s’est un moment éloigné de la thématique de l’islam, c’est pour brièvement signaler que le "Printemps" n’avait pas été qu’arabe, que des changements positifs étaient aussi intervenus récemment au Malawi, au Sénégal, en Somalie et, surtout, en Birmanie, M. Obama prenant ainsi quelques secondes pour flatter le président Thein Sein, actuellement en visite aux Etats-Unis.

Le chef de l’exécutif américain n’a pas davantage consacré les développements habituels à la sécurité d’Israël. Il a, certes, évoqué la situation au Moyen-Orient, rappelant que Bachar al Assad devait partir, répétant qu’une solution diplomatique à la crise nucléaire iranienne avait toujours sa préférence, quoique le temps presse. Mais il a passé sous silence le conflit israélo-palestinien, exprimant seulement par la bande sa sollicitude pour l’Etat hébreu, qui passe volontiers pour être le plus proche allié des Etats-Unis.

"Ceux qui s’indignent de voir le prophète Mahomet calomnié doivent aussi s’indigner quand les représentations du Christ sont souillées, les églises sont détruites ou l’Holocauste est nié", a ainsi déclaré en substance Barack Obama.

Citant Chris Stevens en exemple, parce que cet homme, qui aimait l’Afrique du Nord, parlait l’arabe et était proche des gens, "incarnait le meilleur de l’Amérique", le Président a plaidé pour davantage de compréhension et de respect mutuels entre les Etats-Unis et le monde musulman. "L’avenir doit être façonné par des gens comme Chris Stevens, pas par ses assassins", a-t-il insisté, en appelant la communauté internationale à s’unir contre l’extrémisme et le terrorisme.

Qualifiant la vidéo islamophobe de "répugnante", M. Obama a estimé qu’elle n’était pas une insulte seulement au monde musulman, mais aussi à l’Amérique, un pays qui a construit son histoire sur l’accueil de gens de races et de religions différentes. Le Président a, cependant, désavoué les violences que le film avait inspirées, en assurant que les chrétiens toléraient, quant à eux, le blasphème au nom d’un droit aussi fondamental que celui de pratiquer sa religion : la liberté d’expression.

"J’accepte moi-même d’être tous les jours traité de tous les noms, et je défendrai toujours le droit de le faire", a remarqué Barack Obama en se permettant un rare trait d’humour. Et d’en conclure : "La meilleure arme contre un discours offensant, ce n’est pas la répression. C’est davantage de discours."

Tout en sachant qu’il y aura toujours des gens pour s’opposer aux progrès de l’humanité et des régimes politiques pour soutenir des dictateurs, le Président s’est félicité de la leçon donnée par les Libyens qui ont exprimé leur tristesse après la mort de l’ambassadeur Stevens et ont remplacé leur photo par la sienne sur Facebook. "Ce qui me donne le plus d’espoir, ce ne sont pas les actes [ ] des dirigeants politiques; ce sont les gens", s’est plu à confier Barack Obama.

Les commentaires sont fermés.