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27/09/2012

Pourquoi Obama n’a-t-il pas tenu sa promesse de fermer Guantanamo ?

Guantanamo, Obama

Un manque de courage politique, beaucoup d’autres priorités et une large opposition interne ont eu raison de la promesse de campagne de Barack Obama en 2008. 4 ans après son accession à la Maison-Blanche, 167 personnes sont encore emprisonnées dans les geôles cubaines.


Guantanamo, ObamaGuantanamo est devenu, lors de la présidence de George W. Bush, le symbole des excès de la guerre contre le terrorisme menée par le président républicain. Au lendemain des attentats du 11 septembre, les Etats-Unis, touchés sur leur propre sol par des terroristes islamistes, réagissent dans la douleur. Les soldats américains lèvent le camp, direction l’Afghanistan avec, en ligne de mire, le régime des talibans. De fictives armes de destruction massive légitiment l’entrée en guerre en Irak en mars 2003. La chasse aux islamistes menaçant la sécurité du pays se fait prioritaire et un centre de détention est installé à l’extrême est de l’île de Cuba en janvier 2002. Particularité : les tortures y sont fréquentes, les preuves ne sont pas nécessaires pour décider d’une incarcération et les détenus seront jugés par des tribunaux militaires d’exception.

Les partisans des droits de l’homme crient au scandale. Barack Obama s’en offusque publiquement et fait de la fermeture de Guantanamo l’une de ses plus marquantes promesses de campagne en 2008. 4 ans plus tard, le camp est toujours en activité, 167 hommes y sont toujours détenus et Barack Obama n’en pipe mot dans sa campagne de réélection. Certains hommes y sont désormais incarcérés depuis plus de 10 ans.

Que se passe-t-il à Guantanamo ?

Ouverte le 11 janvier 2002, la prison de Guantanamo Bay accueille une vingtaine de détenus, arrivés en ligne directe d’Afghanistan. Depuis, elle a vu passer près de 780 prisonniers (dont 12 mineurs d’âges), soupçonnés de liens avec Al-Qaïda, surnommés les ‘ennemis combattants’. Les cages à ciel ouvert ont été remplacées par des cellules en dur, réparties dans plusieurs camps. Par exemple, le camp 5 est un quartier de haute sécurité de la prison qui abrite les détenus les plus dangereux, pour eux même ou pour les autres tandis que le camp 7 accueille les prisonniers dits ‘de grande valeur’. Sur ces 116 km2 de terrain, 6000 militaires encadrent les prisonniers qui ont été jusqu’à 680 à être incarcérés simultanément. Ils sont aujourd’hui 167. Depuis son ouverture il y a 10 ans, le camp de détention a vu mourir 9 prisonniers : 7 suicides et deux morts naturelles.

La torture et les actes de barbarie y seraient monnaie courante. Certains détenus ont parlé de simulation de noyade et d’interrogatoires musclés. L’humiliation et l’isolement sont des pratiques fréquentes. Les prisonniers y sont détenus pour des périodes illimitées, sans inculpation et sans procès.

Pourquoi le camp n’est toujours pas fermé ?

Deux jours après on arrivée au pouvoir, en janvier 2009, Barack Obama signe un décret pour la fermeture de la prison. Les journalistes sont présents pour immortaliser le moment. Le Président fraichement élu a une deadline : janvier 2010. Il le répète : la fermeture du camp est une de ses premières priorités. Mais le système politique américain est loin d’encenser le règne d’un hyper président.

Pendant 4 ans, le Congrès, en ce compris une série d’élus démocrates, empêchera le Président d’aller plus loin dans ses démarches. Ils votent une loi interdisant l’utilisation de l’argent public pour assurer le transfert des détenus sur le sol américain ou ailleurs, rendant de facto complexe la fermeture du camp dans lequel se trouvent encore aujourd’hui 167 prisonniers. Les élus refusent tout transfert de détenus dans leurs circonscriptions, pour les juger devant des tribunaux civils de même que pour assurer leur emprisonnement.

Mais les Républicains affirment que le Président ne s’est pas montré particulièrement pressant pour aller à l’encontre de cette décision du Congrès, et qu’il n’a abordé qu’une seule fois la question devant l’Assemblée. Même s’il est vrai que le Président des Etats-Unis ne peut pas prendre cette décision unilatéralement, certains estiment que Barack Obama aurait pu en faire une priorité dans son agenda et obliger le débat à avoir lieu, quelle que soit l’opposition interne à laquelle il devait faire face. Or, il a promulgué le 31 décembre dernier cette loi sur le budget de la Défense empêchant tout transfert et autorisant les détentions illimitées. Et provoquant l’ire des éditorialistes du Washington post, soulignant un « manque de leadership et beaucoup de timidité ».

Que s’est-il passé en 4 ans ?

Guantanamo, ObamaDepuis son élection, l’administration Obama a organisé le transfert de 28 détenus de la prion de Guantanamo vers leur pays d’origine tandis que 40 ont été, pour des raisons de sécurité et de réinsertion, transférés vers d’autres pays. Ces hommes qui obtiennent leur  ‘approbation de transfert’ sont considérés comme ayant été injustement emprisonnés.

Un envoyé spécial chargé de la fermeture de Guantanamo a été nommé. Il s’agit de Daniel Fried. L’homme a pour mission d’organiser au mieux le transfert de prisonniers et de leur garantir les meilleures conditions de rapatriement possibles.

Seuls quelques uns des 780 détenus étant passés par la base américaine ont été jugés. Sous l’administration Obama, 8 prisonniers ont été renvoyés devant un tribunal militaire d’exception. Le Président démocrate a, dans un premier temps, voulu imposer que les procès des détenus de Guantanamo soient tenus devant des tribunaux civils mais, là aussi, il n’a pas obtenu gain de cause et a dû réinstaurer les commissions militaires, légèrement réformées malgré tout.

Il y a quelques jours, l’administration Obama publiait la liste de 55 détenus de Guantanamo allant être prochainement transférés. Cela ferait tomber à 112 le nombre de prisonniers encore enfermés dans la prison. Ceux qui obtiennent cette 'approbation de transfert' sont théoriquement libérables mais demeurent emprisonnés faute d’argent pour les transférer et d’endroits suffisamment sûrs pour les accueillir.

Le 15 octobre prochain commenceront les audiences préliminaires pour les 5 accusés des attentats du 11 septembre qui encourent la peine de mort. Le procès ne devrait pas se tenir avant au moins un an.

Que deviennent les anciens prisonniers ?

Pour certains d’entre-eux, la réinsertion se passe dans la discrétion. C’est notamment le cas de deux Belges incarcérés entre 2001 et 2005 et finalement libérés sans avoir été jugés ni officiellement inculpés. On ne parle en réalité que de ceux qui, pour des faits similaires, reviennent au centre de l’actualité, à commencer par Saïd al-Chehri. Remis aux autorités saoudiennes en 2007, libéré un an plus tard, il avait suivi un programme de réhabilitation mis en place par Ryad pour les ressortissants de retour de la prison américaine. Il s’en est échappé, a rejoint les rangs d’Al-Qaïda au Yemen et en est devenu le numéro 2.

Le dernier prisonnier à avoir été libéré est l’ancien cuisinier de Ben Laden. Il a été détenu à Guantanamo de 2002 à 2012, jugé puis libéré et renvoyé, en homme libre, au Soudan, son pays d’origine, il y a quelques semaines. L’homme avait plaidé coupable de complot et soutien matériel au terrorisme, devant un tribunal militaire d’exception. Condamné à 14 ans de prison, il en a purgé 2 avant d’être libéré ‘en échange de sa coopération’. Il avait, avant cela, passé 8 ans dans les geôles de Guantanamo à attendre son procès.

Les ex-détenus de nationalité tunisienne renvoyés chez eux bénéficient, après leur retour au pays, de la loi d’amnistie générale décrétée après la chute du régime de Ben Ali. La France, quant à elle, aurait accueilli 9 anciens détenus, la Grande-Bretagne, 14.

46 détenus sont actuellement dans une situation ubuesque : ils n’ont pas obtenu la sacro-sainte ‘approbation de transfert’ mais ne peuvent pas être traduits en justice faute de preuves.

Qu’en pense Mitt Romney ?

Le Républicain s’est par le passé exprimé en faveur du maintien du camp de détention sur le territoire cubain, loué par les Etats-Unis depuis 1903. "Je suis heureux que les détenus soient à Guantanamo, je ne les veux pas sur notre sol" avait-il déclaré en 2007, appelant même à doubler la capacité d’accueil du centre. Le candidat républicain ajoutait également que la simulation de noyade ne relevait pas, de son point de vue, de la torture.


Caroline Grimberghs

 

16:25 Publié dans Pennsylvania Avenue | Tags : guantanamo, obama | Lien permanent | Commentaires (0) | |

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