Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

02/10/2012

Le port d’armes, liberté fondamentale intouchable des Américains

port d'arme,mitt romney,barack obama,national riffle association,aurora,columbine

Des proches des victimes de la tuerie d’Aurora ont réclamé ce lundi que Barack Obama et Mitt Romney prennent position sur la question des violences avec armes à feu. 775 maires de villes américaines soutiennent l’initiative. L’occasion de relancer un débat important aux Etats-Unis et quelque peu absent des discussions dans cette campagne présidentielle.


port d'arme,mitt romney,barack obama,national riffle association,aurora,columbineA l’époque de la tuerie dans le lycée de Columbine, en 1999, les attaques à mains armées dans des lieux publics étaient encore exceptionnelles. Le lycée, désormais mondialement connu, était le théâtre d’un drame : deux adolescents avaient fait feu, tuant 13 personnes. Depuis, les faits divers de ce genre se multiplient, dans les universités, les collèges, les cinémas, les centres commerciaux. Il ne se passe plus un mois sans que les médias ne fassent état d’un nouveau carnage. Aucun Etat ne semble épargné. Trois fusillades ont éclaté durant cet été 2012 aux Etats-Unis. A Aurora, 12 personnes ont perdu la vie alors qu’elles assistaient à la première du film Batman. Dans les rues de New York, un homme licencié s’en prend à ses anciens collègues tuant 2 personnes. Près de Milwaukee, c’est un temple Sikh qui est la cible d’un ancien soldat néonazi le 5 août : 6 morts. Au-delà de ces tueries, chaque année, environ 100.000 personnes sont blessées par arme à feu et plus de 30.000 en meurent.

Aux Etats-Unis, le port d’armes est protégé par le deuxième amendement de la Constitution: "Tout Américain a le droit d’être armé" prévoit le texte fondateur du pays de l’Oncle Sam. Et comme souvent aux Etats-Unis, le simple fait d’envisager de modifier cet article fait craindre une atteinte aux sacro-saintes libertés fondamentales chèrement acquises. Les forcenés ayant ouvert le feu à Aurora et Milwaukee avaient d’ailleurs acheté légalement les armes qu'ils ont utilisées pour commettre leurs crimes. Lors de l’achat légal d’une arme à feu, certains contrôles sont appliqués : le FBI inspecte systématiquement le casier judiciaire des acheteurs. Par contre, lors de transactions entre particuliers ou en cas d’achat à une foire aux armes (40% des transactions se font lors de ces ‘gun shows’), aucune vérification n’est requise.

port d'arme,mitt romney,barack obama,national riffle association,aurora,columbineQuant à l’opinion publique, il apparaît, d'après l'institut de sondage Gallup, que de moins en moins d'Américains demandent un durcissement du contrôle des armes: ils étaient 55% en 2011 à souhaiter le maintien, voire l'assouplissement de la législation existante tandis que 47% des Américains affirment détenir une arme chez eux, le chiffre le plus élevé en 20 ans. Seul 26% des sondés se sont déclarés en faveur d'une interdiction, un score qui n'a jamais été aussi bas selon l’institut Gallup. Au lendemain de la tuerie d’Aurora, plusieurs personnes relevaient d’ailleurs que si l’un des individus présents dans la salle de cinéma avait été armé, il aurait pu arrêter le tueur plus rapidement … Une logique infaillible, que Barack Obama et Mitt Romney n’ont pas le courage de remettre en cause.

Qu’en pensent les candidats à la présidence ?

port d'arme,mitt romney,barack obama,national riffle association,aurora,columbineL’affaire Trayvon Martin relance également le débat : ce jeune homme de 17 ans avait été abattu par Georges Zimmerman, armé pour effectuer une ronde de surveillance dans son quartier. Le principe de "stand your ground" ("défendez votre territoire"), invoqué par les avocates de Zimmerman, selon lequel une personne armée n'est pas tenue de fuir l'affrontement si elle se sent menacée dans un lieu public, est notamment défendu par le candidat républicain à la présidence. Mitt Romney s'oppose également clairement à la limitation de la capacité des chargeurs et plaide pour un élargissement de la notion de légitime défense. Il est d’ailleurs membre du puissant lobby National Riffle Association, l’organisation de défense du port d’arme, depuis 2006, même si, fidèle à sa réputation de girouette, il avait, avant cela, soutenu le contrôle des armes lors de son entrée en politique en 1994. 

Barack Obama, quant à lui, ne s’est jamais clairement positionné en faveur d’un contrôle des armes à feu. En 2008, il déclarait même : "Je ne vous enlèverai pas vos armes" tout en appelant à l’encadrement de certaines pratiques. Une position frileuse donc. Quelques semaines avant l’élection du démocrate en 2008, les citoyens américains avaient pourtant fait une razzia sur les armes à feu : 150.000 armes avaient trouvé acheteur en à peine un mois. Les amateurs craignaient alors des restrictions imposées par l’administration Obama, comme l’avait fait Bill Clinton en 1994. Le Président avait, à l’époque, adopté une législation interdisant la vente de fusils automatiques et semi-automatiques. Cette loi avait ensuite été abrogée par George W. Bush. Barack Obama avait promis de la réintroduire dès son élection mais il s’agit, encore une fois, d’une promesse non tenue par le démocrate. Au lendemain de la tuerie d’Aurora, en pleine campagne électorale, la Maison-Blanche déclarait : "Il est fort possible que le président aborde ces questions dans le futur". Deux mois plus tard, il n’en a toujours pas pipé mot. Et la campagne prend fin dans moins de 40 jours. Les spécialistes s’accordent pour dire qu’un sujet aussi glissant ne sera jamais abordé en pleine campagne électorale. Les Swing States pourraient vaciller d’un côté ou l’autre sur ce genre de thématique. L'Ohio, la Virginie et la Pennsylvanie par exemple, ont un électorat majoritairement favorable aux armes à feu et très attaché au droit de porter une arme.

Les législations varient d’un Etat à l’autre

port d'arme,mitt romney,barack obama,national riffle association,aurora,columbineLe IIe amendement de la Constitution est d’application dans tous les Etats mais les règlementations sont différentes d’un Etat à l’autre : certains interdisent la vente aux mineurs, d’autres prévoient un entraînement spécial, etc. La Cour Suprême, en juin 2010, a réaffirmé le droit inaliénable que conférait le IIe amendement, rendant ainsi caduque la décision de certains Etats de statuer en faveur d’une interdiction totale du port d’arme.

Sous l’impulsion du maire Michaël Bloomberg, New York applique l’une des lois les plus strictes en matière de possession d’armes aux États-Unis. Il est l’une des rares personnalités politiques à se prononcer pour davantage de contrôle en la matière. De l’autre côté de l’échiquier, on retrouve le Texas, la Virginie, la Pennsylvanie ou encore la Floride qui dispose de l’une des législations les plus souples en la matière autorisant notamment le port d’arme au travail.

Caroline Grimberghs

 

Les commentaires sont fermés.