Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

05/10/2012

Obama, pas très sûr de vouloir rempiler ?

Barack Obama, Mitt Romney, Denver, Colorado

Pour Clyde Wilcox, professeur en science politique à l’Université de Georgetown à Washington, comme pour l’immense majorité des commentateurs, Mitt Romney est le vainqueur du premier débat. Selon lui, Obama a manqué les occasions de le “remettre à sa place”."La présidence est épuisante, il a pris dix ans depuis qu’il est à la Maison-Blanche" estime-t-il.

Entretien réalisé par Stéphanie Fontenoy, Correspondante aux États-Unis


barack obama,mitt romney,denver,coloradoA la traîne dans les sondages, le candidat républicain a créé la surprise en prenant le dessus sur Barack Obama lors du premier débat présidentiel à Denver. Pour "La Libre", Clyde Wilcox analyse la confrontation.

Que pensez-vous du niveau général du premier débat présidentiel entre Barack Obama et Mitt Romney ?

Pour moi, il a s’agit d’un échange déconcertant de déclarations et de données trompeuses et sorties de leur contexte, ce qui rend la compréhension des électeurs très difficile. En termes de style et de présentation, Mitt Romney a semblé prendre plaisir à l’exercice et s’est bien défendu face aux attaques, alors que le président Obama est apparu fatigué et bourru. Barack Obama avait d’ailleurs l’air plus vieux que son adversaire alors que ce n’est pas le cas. La présidence est épuisante, il a pris dix ans depuis qu’il est à la Maison-Blanche. A Denver, il ressemblait à quelqu’un qui n’était pas très sûr de vouloir rempiler pour quatre ans.

Ce premier duel était consacré à l’économie, le sujet de prédilection du Républicain. N’était-ce pas à son avantage ?

Je ne crois pas. Barack Obama a raté plusieurs occasions de le remettre à sa place. Par exemple, le président n’a pas évoqué la vidéo dans laquelle Mitt Romney explique qu’il ne s’intéresse pas aux 47 % d’Américains qui voteront d’office pour le Démocrate car ils profitent de l’aide publique. Il n’a pas volé dans les plumes de son adversaire en lui demandant quels abattements et niches fiscales il abrogerait pour équilibrer le déficit. S’il l’avait fait, Mitt Romney aurait été incapable de répondre et se serait retrouvé dans une mauvaise posture. Barack Obama n’a pas repris son adversaire quand celui-ci a déclaré que sa loi de couverture de santé était meilleure car elle avait reçu un soutien bipartisan au Congrès du Massachusetts. Le président sortant aurait dû lui rétorquer que cela voulait surtout dire que les Démocrates étaient prêts à travailler avec les Républicains dans le Massachusetts, mais que l’inverse n’était pas vrai à Washington. Barack Obama ne lui a pas dit ses quatre vérités.

Les arguments du débat étaient-ils biaisés ?

Je pense que les deux camps en effet n’étaient pas tout à fait honnêtes. Mitt Romney est, par exemple, revenu entièrement sur son plan fiscal qui propose la baisse des taux d’imposition en disant que ce plan bénéficiera à la classe moyenne et qu’il ne creusera pas le déficit. En gros, si vous le croyez, Mitt Romney est le champion de la classe moyenne et ne baissera pas les impôts des riches et a en plus une stratégie très claire sans être spécifique. Il est assez incroyable que le président ne l’ait pas remis à sa place.

barack obama,mitt romney,denver,coloradoA cinq semaines des élections, ce type de débat est-il décisif pour la campagne ?

Oui et non. Ce qui est sûr, c’est que Mitt Romney a renversé la tendance des dernières semaines. Tous les médias critiquaient sa campagne, ses gaffes et pensaient qu’il n’arriverait à rien. Maintenant, la presse va se demander s’il peut rattraper son retard. Il y aura donc plus d’intérêt pour les prochains débats. Comme tous les observateurs politiques ont donné Mitt Romney gagnant mercredi soir à Denver, il est probable que les sondages électoraux se resserrent pendant deux ou trois jours. Mais je ne crois pas qu’un débat en lui-même change le résultat de l’élection. Il faudrait qu’il remporte au moins deux débats et se défende bien dans le troisième pour asseoir toutes ses chances de victoire.

Ces grands face-à-face médiatiques mais aussi très rhétoriques sont-ils plus importants que l’état de l’économie ou le bilan du président sortant ?

A ce stade, environ 96 % des électeurs savent déjà pour qui ils vont voter. Les débats ne vont pas les influencer ou les faire changer d’avis. Mais il reste deux ou trois pour cent d’indécis. Ce sont en général les personnes qui s’intéressent le moins à la politique et qui peuvent se sentir perdus face à des questions comme la couverture de santé. Ce sujet est très délicat car pour l’instant la loi pour les soins abordables (Affordable Care Act) n’est pas encore totalement mise en place. Dans le débat, Mitt Romney est apparu comme quelqu’un de sûr de lui, alerte et précis, qui a un plan pour le pays et qui peut faire preuve de compassion alors que Barack Obama est apparu sur la défensive. Cela suffit pour que les indécis s’intéressent davantage à Mitt Romney et s’ouvrent à l’idée de l’avoir comme président.

Les commentaires sont fermés.