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11/10/2012

Obama sans son aura

Obama, Guantanamo, Afghanistan

"Condamné à décevoir", titrait "La Libre" le jour de la prestation de serment du président Obama, porteuse de tant d’espoirs. La déception est au rendez-vous, mais avec des promesses intenables, ce n’est pas étonnant. En guise de bilan, le mieux n’est-il pas de comparer les résultats par rapport à son programme tel qu’exprimé dans son discours inaugural ? (à voir ci-dessous) Examinons donc.

Une chronique de Xavier Zeegers


"Nos Pères fondateurs ont rédigé une charte qui assure un Etat de droit, et le respect des droits de l’homme. Ces idéaux, nous ne les abandonnerons pas par opportunisme."
 
Mais le "Patriot Act", fruit pervers du 11 septembre, n’a pas été aboli. Il s’en prend à l ’"habeas corpus", soit le cœur juridique de toute démocratie. Guantanamo n’a pas été fermé, et ailleurs des détenus de droit commun sont exécutés malgré des doutes sur leur culpabilité, tel Troy Davis en septembre 2011. Etat de droit, vraiment ?
 
obama,guantanamo,afghanistan"Guidés par ces principes, nous pouvons affronter des menaces qui réclament des efforts redoublés."
 
Il y a une menace qui réclame des efforts redoublés, venant toujours du Proche-Orient. Elle nous contraint à convaincre Israël que, pour avoir la paix, il faut coexister avec son voisin palestinien. Mais en le grignotant, en prétendant négocier tout en gardant les moteurs des bulldozers allumés, c’est miser sur un immobilisme conquérant, soit un dangereux oxymore. Obama, comme ses prédécesseurs, ploie sous les fourches caudines de l’Aipac. (America’s Pro Israël Lobby). "No, he cannot..."

"Notre économie est très affaiblie en partie par l’appât du gain et l’irresponsabilité de certains."
 
Obama a légiféré autant que faire se peut. Mais il a prouvé surtout qu’on ne peut pas faire grand-chose contre des banquiers prédateurs qui continuent à tenir le haut du pavé économique au jeu du "pile je gagne, face tu perds". Avec une morgue et un dédain insupportables.

"Nous forgerons une paix dûment méritée en Afghanistan."
 
Mais avec le départ des troupes qui ne purent - c’était écrit - imposer de force la démocratie, les talibans ont sans doute gagné. De plus, quasiment dans l’indifférence, un autre sanctuaire terroriste s’est implanté au Mali. Prétendre diriger un grand pays mais être faible sur le terrain et résigné : c’est ce qui coûta la réélection de Jimmy Carter en 1980.

obama,guantanamo,afghanistan"Nous ne pouvons plus consommer les ressources du monde sans prendre en compte les conséquences. Chaque jour assure la preuve que la façon dont nous utilisons l’énergie affaiblit la planète."
 
Mais avec 5,50 % de la population mondiale, l’Amérique pompe le tiers de ces ressources. Et cela ne changera pas car Obama ajouta : "Nous ne nous excuserons pas pour notre mode de vie et nous ne fléchirons pas pour le défendre". La contradiction - criante - saute aux yeux. Sauf ceux des Américains... "Nous utiliserons le vent et le soleil, et le sol pour faire tourner nos usines." Mais l’énergie propre, pourvoyeuse d’emplois verts, recule devant l’exploitation du gaz de schiste aux réserves considérables. Et toujours fossiles. Or Obama se réjouit de son exploitation. Le sol, oui... Mais ainsi ? Sarkozy a dit : "L’écologie, cela suffit ! " Obama ajoutera-t-il : "Cassez-vous les écolos" ?

"Nous rejetons le choix obligé entre notre sécurité et nos idéaux."
 
En 2008, il voulait empêcher au moins la vente des fusils d’assaut. Il a plus que jamais le lobby des armes collé sur sa tempe, au nom de l’"idéal" d’une Constitution sacralisant l’accès aux armes. Les tueries s’enchaînent et il se tait, otage ici de vrais cinglés, mais bien organisés. Reste (quand même !) du positif avec son ébauche de sécurité sociale, ses plaidoyers pour l’éducation, pour constater qu’il a pris les commandes d’un "Titanic" passé minuit. Et sa défaite serait bien regrettable car il a dit aussi : "Une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les nantis". Pour les Républicains, ce n’est pas un problème. Pour le monde, si. Et nous ne pourrions supporter un Bush-bis qui se demanderait quel est l’imbécile qui a laissé les hublots du "Titanic" ouverts, ce qui expliquerait son naufrage. Obama a reçu le Nobel de la Paix. Espérons que son pays lui accorde le temps lui permettant de le mériter enfin.

obama,guantanamo,afghanistanXavier ZEEGERS, Chroniqueur

xavier.zeegers@skynet.be
 
 
 
 
 
 

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