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29/10/2012

S'il gagne, Obama prendra la direction du Pacifique

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Nicholas Dungan, chercheur à l’Atlantic  Council et conseiller auprès de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) nous partage son point de vue sur l’élection présidentielle à venir. Dans une semaine, nous saurons qui de Barack Obama ou de Mitt Romney prendra d’assaut la Maison-Blanche. "Si Obama est réélu, le moment clé, ce sera le jour du vote … Jusqu’au bout, ce sera serré. On aurait pu penser que le fait d’avoir perdu les élections de mi-mandat lui aurait mis la rage au ventre. Mais en réalité, on s’aperçoit qu’Obama est quelqu’un qui aime être Président au quotidien mais qui n’a pas très envie de faire campagne. Il est très compétent et voudrait être jugé uniquement là-dessus". Sera-ce suffisant ? Réponse dans une semaine …


"Aura-t-il plus de marge de manœuvre ? Non. Fera-t-il plus de choses ? Cela s’annonce très difficile" : Nicholas Dungan n’est pas tendre avec l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Si deuxième mandat il y a, celui-ci ne sera pas plus simple que le premier. "La Chambre des Représentants restera plus que probablement aux mains des Républicains et la majorité démocrate au Sénat, qui devrait également se maintenir, ne sera pas suffisante pour faire des choses facilement. La capacité de réforme du Président restera donc limitée, en tout cas en ce qui concerne la politique intérieure. Ce à quoi il voudrait aboutir, création d’emploi, baisse du chômage essentiellement, ce sont des choses plus facile à promettre qu’à mettre en œuvre. C’est la politique étrangère qui représente généralement le sujet de prédilection des Présidents qui bénéficient d’un deuxième mandat. Le pouvoir d’élaboration de la politique domestique résidant au Congrès, à défaut de pouvoir poursuivre ses initiatives à ce niveau, Obama se tournera vers l'international" prédit-il.


"La politique étrangère de Barack Obama est déjà une réussite"

Chercheur à l’Atlantic  Council et conseiller auprès de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), Nicholas Dungan estime que le Président Obama, s’il devait s’arrêter – là, n’aura pas fait un passage inutile par Pennsylvania Avenue et laisserait une marque importante dans l’histoire du pays : "La politique étrangère de Barack Obama est déjà une réussite. Alors qu’il a hérité d’une situation désastreuse après 8 années de présidence Bush où certains pays ne voulaient même plus parler à l’Amérique, il a su, avec l’aide précieuse de la brillante Hillary Clinton, établir un binôme diplomatique avec pour objectif – atteint – un monde ‘multi partenariats’ dans lequel les Etats-Unis ont un rôle d’interlocuteur clé. Et ce partout dans le monde et sur toutes les grandes questions. L’idée était de parvenir à être présent et c’est une réussite. Il avait promis de rendre les Etats-Unis plus paisibles et mieux acceptés et c’est très clairement une promesse tenue. La manière dont les Etats-Unis ont géré le printemps arabe notamment, de même que la décision de ne pas intervenir en Syrie en sont de bons exemples. L’objectif était de ne pas risquer la réputation du pays ni des vies américaines. Pour se faire, Obama a agit là où il a pu jauger les avantages et les inconvénients mais quand les choses sont restées incertaines, il n’a pas voulu parer à tous les maux. Obama et Clinton ont été très astucieux dans leur capacité à garder le processus décisionnel diplomatique discret et ainsi ne pas apparaître comme les grands justiciers du monde. Par exemple, personne ne savait que les Etats-Unis avaient localisés Ben Laden et préparaient une attaque". Une politique étrangère de qualité, au point que le Républicain, s’il devait être élu, pourrait la conserver telle quelle : "Mitt Romney a bien compris la valeur d’une stratégie comme celle-là. Il a d’ailleurs changé son fusil d’épaule : après avoir tenu des discours très durs sur l’Iran ou la Chine par exemple, il adopte maintenant des positions plus amollies et ce certainement parce que son équipe de campagne a disposé de briefings sur l’état du monde. Romney voit que la stratégie d’Obama fonctionne et il ne veut pas prendre le risque de déstabiliser une politique qui est en bonne voie et qui plus est qu’il va peut-être devoir reprendre en main s’il est élu. Il est évidemment très astucieux de la part de Romney de ne pas annoncer autre chose afin de s’assurer de conserver les alliés et bonnes relations établies pendant le premier mandat d’Obama. En conclusion, sur la question de la politique étrangère, quel que soit le prochain président, les choses ne changeront pas beaucoup".

"Guantanamo? Un jour, on apprendra qu'il n'y a plus personne la-bas ..."

Si Barack Obama recevait, pour 4 années supplémentaires, la confiance de ses compatriotes, Nicholas Dungan estime qu’on le verra sur de nouveaux projets plutôt que de tenter de revenir sur les thématiques non abouties de 2008 telles que

  • le conflit au Moyen-Orient : "Il ne va probablement pas revenir sur ses idées initiales sur la Palestine. Les puissances occidentales ne considèrent plus qu’un Etat palestinien indépendant et fonctionnel soit possible mais ils n’osent pas le dire. La question de la Palestine, elle n’est plus politique mais humanitaire désormais. Et puis, c’est déjà le combat de trop de gens (Tony Blair, George Mitchell, etc). Je ne pense pas que ce soit là-dessus qu’il va essayer de faire quelque chose."
  • ou Guantanamo : "C’est un sujet dont on ne parle plus. Il s’agit maintenant d’un casse-tête juridico-administratif autour de cette question : que doit-on faire de ces gens-là ? Cette promesse, c’est comme Hollande qui promet de renégocier le traité européen s’il est élu ! On promet des choses dont on sait qu’elles ne pourront pas être tenues. Dans le cas de Guantanamo, on ne peut pas mettre ces types là sur le territoire américain. Personne n’en veut. Aucun Etat ne les accepterait. Ca coute une fortune de les garder là mais c’est un véritable nœud gordien que ni Romney ni Obama ne peut démêler. On n’en parle plus parce que, en réalité, on ne peut plus rien faire. C’est dramatique mais il faut passer outre et puis, discrètement, ils vont être relâchés au fur et à mesure et, un jour, dans 15 ans, on apprendra qu’il n’y a plus personne à Guantanamo …"

Quoi alors ? "Il est clair que les Présidents en deuxième mandat pensent essentiellement à la place qu’ils vont laisser dans l’histoire. Obama va plutôt essayer d’imprimer sa marque dans le Pacifique en faisant en sorte d’entourer la Chine d’une espèce de zone tampon de démocraties, face à une Chine qui monte mais qui aura du mal à devenir une démocratie occidentale. Cette zone pourrait être composée des Philippines, du Japon, de la Corée. La paix entre les deux Corée pourrait aussi être l’un de ses chantiers" estime Nicholas Dungan. "Depuis un certain nombre d’années, chaque Président, à l’occasion de son deuxième mandat, s’est consacré au conflit Israélo-palestinien et ce, essentiellement, parce que cela serait LA grande réussite qui ferait entrer le Président en question dans l’histoire. Mais Obama, lui, a toujours voulu s’imposer en Asie. Il est donc très probable qu’il se concentre sur cette région du monde qui revêt une importance stratégique majeure pour le siècle à venir" confirme Amy K.Greene, spécialiste de la politique américaine et auteure de 'L'Amérique après Obama'.

 

Caroline Grimberghs

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