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30/10/2012

Des machines à voter un peu trop proches du candidat républicain

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L’ombre de 2000 plane sur 2012 : doit-on craindre des tricheries lors de l’élection américaine ? Ces doutes ne sont pas nouveaux et le terme anglo-saxon de SNAFU revient au goût du jour : "Situation Normal : All Fucked Up / la situation est désastreuse, mais ça a toujours été comme ça".


tagg romney,forbes,hart intercivic,ohio,floride,bush"La triche dans l’Ohio est possible" nous explique Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’université Paris 10 Nanterre-La Défense.Et dans son ’possible’, on entend plutôt un ‘probable’.

"Les machines à voter sont gérées par le clan Bush depuis des années et des accointances apparaissent également entre ces compagnies et les Romney. Déjà en 2004, la société DieBold, principal fournisseur de machine à voter dans le pays, était présidée par Walden O'Dell. Mais l’homme a une double casquette : il est à l’époque très actif dans le comité de réélection de Bush. C’est donc un républicain pur sucre. En 2004, il a plus que certainement triché en faveur de son candidat". Cette année, dans un certain nombre d’Etats, notamment en Ohio, swing state qui peut faire basculer l’élection, les machines à voter seront fournies par la société Hart InterCivic, appartenant en partie au fond d’investissement HIG Capital. Le malaise apparaît quand le magazine Forbes, via son chroniqueur Rick Ungar, annonce que 4 pontes de l’entreprise, dont le fondateur Tony Tamer, ont joué un rôle de ‘collecteur de fonds’ pour le compte de Mitt Romney pendant cette campagne présidentielle, tandis que deux membres du conseil d’administration seraient des contributeurs personnels de la campagne du Républicain. Le malaise s’installe lorsque l’on apprend que la société est le 11e plus important contributeur de la campagne. Le malaise s’éternise quand on sait que le fils de Romney, Tagg, propriétaire de la société d’investissement Solamere Capital, partage des intérêts commerciaux avec HIG Capital.

tagg romney,forbes,hart intercivic,ohio,floride,bush"Il faut dire que ces machines sont faciles à trafiquer : chaque compté organise le scrutin comme elle l’entend, il y a donc 50.000 façons différentes de voter, et c’est très difficile à contrôler" explique Pierre Guerlain. Et ce n’est pas nouveau estime-t-il, remettant au goût du jour le terme anglo-saxon de SNAFU – Situation Normal : All Fucked Up / la situation est désastreuse, mais ça a toujours été comme ça - "En 2000, Al Gore - George W. Bush : cette élection-là est quand même entachée d’énormément de doutes sur l’honnêteté du processus", référence au recomptage des voix en Floride. Il a fallu un mois à la Cour Suprême pour déterminer finalement, avec 537 voix d’avance sur son adversaire, la victoire de Bush. Quid de 2012 ? "Les équipes d’avocats sont prêtes de part et d’autre pour intervenir. Il est possible qu’il y ait de gros débats au lendemain de l’élection et qu’on ne soit pas capable d’annoncer le vainqueur dans les premières heures" explique Pierre Guerlain. Une idée partagée par de nombreux spécialistes, certains avouant avoir refusé de participer aux émissions de la nuit pensant l’affaire bouclée rapidement et qui, voyant la tournure que prennent les choses, envisagent d’accepter de venir sur les plateaux de télévision : "Au départ, je me disais : à 1h du mat’, je serai au lit. Je pense de plus en plus que ce ne sera pas le cas" nous dit l’un d’entre eux. Pierre Guerlain enchaîne : "S’il y a triche, ce sera en faveur de Mitt Romney. On a parlé de falsification lors de l’élection de Kennedy en 1960 mais depuis, les Démocrates n’ont plus été soupçonnés bien qu’en 2008, il y ait quelques doutes. Dans les swing states, notamment l’Ohio et la Floride, il est possible que certains chiffres aient été manipulés mais pas au point de renverser l’élection : triche ou pas, Barack Obama aurait remporté le scrutin". Ce qui ne rend pas la pratique plus glorieuse pour autant …

Ces élections seront-elles donc inévitablement entachées du soupçon de fraudes ? Nicholas Dungan, chercheur à l’Atlantic Council et conseiller auprès de l’IRIS n’est pas si clair mais avoue à demi-mots que ce scénario n’est pas totalement farfelu : "Quand tout est local, il est très difficile de tout contrôler". De son côté, Rick Ungar, chroniqueur qui a mis le feu aux poudres suite à ces révélations sur le site de Forbes, tempère : "Je pense que dans toutes les élections, certaines choses ne se sont pas passées dans les règles mais dans cette élection-ci, je ne m’attends pas à ce que cela soit significatif. S’il y a des problèmes avec les machines à voter, cela ne devrait pas être trop répandu. Du moins, je l’espère". Amy K.Greene, spécialiste de la politique américaine et auteur de ‘L’Amérique après Obama’ est quant à elle beaucoup plus prudente : "Depuis l’élection contestée de 2000, on parle de tricherie à chaque échéance électorale mais les équipes de surveillants et les avocats bénévoles qui se manifesteront le jour du scrutin vont s’assurer que tout se passe bien. Ils constituent une garantie et si tricherie il y a, de mon point de vue, cela restera très minoritaire".

Il n’en reste pas moins que les équipes de campagne se sont préparées à devoir éventuellement gérer un litige électoral le 7 novembre prochain. Benjamin Ginsberg pour les Républicains et Robert Bauer pour les Démocrates, deux conseillers juridiques de premier plan, sont dans les starting blocks, à la tête, chacun, d’une équipe de juristes. Du côté démocrate, on n’entend pas réitérer l’erreur de 2000 lorsque, selon les spécialistes, l’équipe d’Al Gore n’avait pas été assez prévoyante : "Nous avions un avocat dans chaque Etat, mais nous n'avions pas fait l'effort de chercher les meilleurs juristes du pays pour défendre notre cause" expliquait récemment le stratège Ted Devine à l’agence Reuters. "Nous n'étions vraiment pas prêts". Cette année, ils le sont, mais cela suffira-t-il à éviter les fraudes ? Dans une élection que tous les sondages annoncent au coude à coude, chaque voix compte. La moindre petite manipulation peut tout changer.

Caroline Grimberghs

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