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30/10/2012

L’Amérique de ‘24h chrono’ n’est pas l’Amérique de ‘Homeland’

 Homeland, The West Wing, 24h chrono

"Les séries télé sont la partie la plus visible et la plus influente de la culture américaine" explique Guillaume Erner dans l’émission de France Inter – SERVICE PUBLIC consacrée ce mardi au sujet : "Politique US : les séries font la loi". Quelle représentation donnent-elles du pouvoir et de l’Amérique ? C’est la question à laquelle tentent de répondre un certain nombre de spécialistes. "Aujourd’hui, les Américains jouent à se faire peur alors qu’avant l’objectif des séries étaient plutôt de rassurer" explique Marjolaine Boutet, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Picardie Jules Verne.

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En 10 ans, les choses ont beaucoup évolué: "L’Amérique de ‘24h chrono’, ce n’est pas l’Amérique de ‘Homeland’. Ce n’est plus l’Amérique de Bush" explique Jean-Marie Potier, Rédacteur en chef adjoint du magazine en ligne Slate.fr.

S’il ne fallait en retenir qu’une pour décrire le paysage actuel des Etats-Unis, les différents analystes présents sur le plateau de France Inter semblent tous d’accord pour désigner Homeland, série paranoïaque de l’après 11 septembre contant l’histoire d’une agent de la CIA persuadée qu’un nouvel attentat va se produire sur le sol américain et tétanisée par l’angoisse de refaire la même erreur : il y a 10 ans, le 11 septembre 2001, elle n’avait rien vu venir. "Les séries actuelles sont révélatrices de ce climat très anxieux de l’Amérique d’aujourd’hui. Homeland est une série paranoïaque qui révèle bien cette angoisse dans laquelle vivent les Américains depuis le 11 septembre" explique Marjolaine Boutet. "On y retrouve la surveillance permanente, la recherche d’informations, la paranoïa mais aussi une vision de l’islam moins manichéenne qu’il y a 10 ans. L’un des personnages est converti et on voit que la religion l’a aidé à un moment de sa vie. C’est nuancé et il y a une vrai volonté de dépasser les préjugés".

Jean-Michel  Valentin, Chercheur en études stratégiques, enchaîne : "Dans cette série, il n’y a aucun gentil. L’univers est totalement fracturé : on ne sait plus de qui la sécurité est assurée et quelle est la légitimité politique derrière cela. Ces séries actuelles nous disent que l’autorité de l’Etat américain est en panne : il y a une perte de sens que les héros tentent de redonner à cet appareil d’Etat".

Il y a 10 ans, les spécialistes auraient peut-être désigné The West Wing : pendant 7 saisons, le téléspectateur mettait ses pas dans ceux d’une administration démocrate tentant de résoudre les problèmes du monde. "C’est une série des années 2000 : les USA s’y rêvent encore comme maître du monde" explique Marjolaine Boutet. "Il y avait une vrai volonté d’échappatoire après l’élection controversée de 2000 puis le 11 septembre. La série offrait un pays rêvé dans lequel les Américains pouvaient se retrouver et présentant des modèles positifs d’hommes politiques". Un avis partagé par Jean-Marie Valentin : "L’enjeu, dans The West Wing, est de se poser la question : peut-on avoir des démocrates intelligents parlant avec des républicains intelligents pour dépasser l’ultra-polarisation ?".

Pour réécouter l''émission dans son intégralité, cliquez ici

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