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31/10/2012

The Grey New Deal: l'environnement ne pèse pas lourd dans la campagne

Romney, Obama, Sarah Palin, Alaska

Echaudé, Obama a mis un solide bémol à son plaidoyer pour verdir l’économie. Et Romney carbure au pétrole. Le modèle US reste esclave de sa boulimie énergétique.

Aux Etats-Unis comme ailleurs - et peut-être même un peu plus qu’ailleurs - les préoccupations environnementales ne pèsent pas lourd face à la crise économique. Il n’est donc pas surprenant de voir à quel point ces thématiques ont été absentes de la campagne électorale.

Éclairage par Gilles Toussaint


Romney, Obama, Sarah Palin, AlaskaAttendu comme l’homme providentiel en la matière, Barack Obama a déçu durant son mandat. Et s’il n’a pas complètement abandonné son volontarisme, il a clairement mis une sourdine à ses ambitions tout en misant sur la continuité. Côté positif, on peut mettre à son crédit les progrès enregistrés dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments; le durcissement des normes antipollution des véhicules; l’inclusion d’une certaine régulation des émissions de gaz à effet de serre via la loi fédérale sur la qualité de l’air ou encore un important soutien financier pour booster le secteur des énergies renouvelables.

Reste les renoncements, les choix discutables et les échecs. Ainsi la "loi climat" censée instaurer un système de quotas et d’échanges des émissions de CO2 n’a-t-elle jamais vu le jour. Et par effet de bord, la position des Etats-Unis dans les négociations internationales sur le climat est restée extrêmement conservatrice. Les mesures de soutien aux agrocarburants sont également de plus en plus critiquées. Barack Obama se voit en outre reprocher d’avoir laissé les coudées franches aux producteurs de gaz de schiste. Une ressource polluante très controversée mais qui, affirment ses promoteurs, peut être exploitée proprement et contribue à la relance économique du pays en tirant les prix de l’énergie vers le bas.

Romney, Obama, Sarah Palin, AlaskaDe la même manière ses positions ambiguës sur les carburants "propres", produits à base de charbon notamment, sont-elles pointées du doigt dans les milieux écologistes. Durant la campagne, ceux-ci, tous comme ses adversaires républicains, ont également mis la pression sur le Président autour du sulfureux projet de construction d’un oléoduc géant baptisé Keystone XL, qui doit permettre de relier les raffineries texanes aux exploitations de sables bitumineux du Canada. Une épine dans le pied dont le Président en fonction s’est habilement débarrassé en postposant la décision après les élections.

A sa décharge, Obama a dû faire face à une véritable guérilla organisée par les Républicains depuis les travées du Congrès - où ces derniers ont la majorité depuis 2010. L’industrie pétrolière a d’ailleurs contribué à financer bien plus largement la campagne de Mitt Romney que celle du candidat démocrate. Lors de la présentation du budget 2012, Barack Obama avait proposé de supprimer les multiples exemptions fiscales dont bénéficie le secteur des énergies fossiles. Ceci explique peut-être cela.

Mitt Romney, de son côté, ne fait pas dans le détail et promet de mener une politique du "tout au fossile" qui offrira au pays son indépendance énergétique. Un vœu pieu formulé par tous les candidats à la Maison-Blanche depuis près d’un demi-siècle. En vain.

Pour y arriver, l’ami Mitt a une recette imparable : réduire au minimum les contraintes réglementaires qui entravent la bonne marche des affaires, comprenez le développement de l’industrie pétrolière. En ligne de mire l’EPA, l’agence fédérale de l’environnement que les Républicains entendent museler.

Pour concrétiser ses aspirations énergétiques, Romney envisage donc d’ouvrir grand la porte aux forages pétroliers partout où c’est envisageable, en ce compris les zones côtières très sensibles sur le plan écologique ou les sites protégés d’Alaska. Voilà qui fera plaisir à Sarah Palin.

Plutôt qu’aux autorités fédérales, l’attribution des autorisations de sondage et d’exploitation reviendrait aux Etats fédérés sans doute plus sensibles aux arguments sonnants et trébuchants des pétroliers. Une stratégie gagnante déjà appliquée par les Républicains pour déléguer les mesures de protection de l’eau aux autorités locales. Constant dans ses idées, Mitt Romney a d’ores et déjà fait savoir qu’une fois élu, il s’empresserait d’autoriser la construction du pipeline Keystone XL.

Bonne nouvelle toutefois, pendant sa campagne électorale, le milliardaire a déclaré croire au réchauffement climatique et à la responsabilité des activités humaines dans ce processus. Avec des nuances toutefois, puisqu’à l’en croire il reste beaucoup d’incertitudes sur la gravité de la situation Inutile de s’alarmer inutilement donc, et encore moins d’imposer des mesures de réduction des émissions de CO2 qui handicaperaient l’économie nationale.

Les images des conséquences dévastatrices de l’ouragan Sandy contribueront peut-être à alimenter sa réflexion.

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