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26/09/2014

Eric Holder, "champion" des droits civiques et seul Noir à la tête de la Justice américaine

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Des rues de Ferguson enflammées par les émeutes raciales aux corridors épurés de la Cour suprême, Eric Holder, le premier ministre de la Justice noir de l'histoire des Etats-Unis, a mené un combat sans relâche pour les droits civiques, jusqu'à sa démission.
 
Salué comme le "champion du combat pour les droits civiques" par la puissante organisation de défense des libertés ACLU, le ministre met un terme, pour des raisons qu'il n'a pas précisées, à près de six années marquées par une réforme pénale réussie et des actions musclées contre les bavures policières ou le délit de faciès, avec toujours les inégalités raciales dans le collimateur.

Personnalité adulée des organisations des droits de l'homme mais très critiquée par les conservateurs américains, Holder, souvent provocateur, n'avait pas hésité dès son arrivée au gouvernement à taxer les Etats-Unis de "pays de lâches" sur la question des races.
Au-dessus de son bureau au ministère de la Justice, il y avait un portrait de Robert Kennedy, le frère défunt du président américain assassiné.
 
 
Eric Holder, le premier ministre de la Justice afro-américain, qui plus est sous la présidence du premier Noir à la Maison Blanche, avait délibérément repris le flambeau de son prédécesseur, Bob Kennedy, lui-même assassiné, qui avait mené la fronde du mouvement pour les droits civiques au côté de Martin Luther King.
 
Né dans le Bronx il y a 63 ans, ce proche de Barack Obama avait épousé la jeune soeur de Vivian Malone, la toute première étudiante noire à l'Université entièrement blanche de l'Alabama (sud), dont la persistance à tenir tête au gouverneur d'alors avait participé au recul de la ségrégation.
Son engagement en faveur de la lutte pour les droits civiques date du début de sa carrière. Etudiant à l'Ecole de Droit de Columbia à New York, Holder a notamment travaillé comme avocat au sein de l'association de défense des Noirs NAACP.
 
 
Nommé juge par le président Ronald Reagan en 1988, puis procureur fédéral de la capitale Washington par Bill Clinton, il est ensuite choisi par le président démocrate pour être numéro deux du département de la Justice, devenant le premier Noir à ce poste.
"Même si ce pays se présente fièrement comme un melting-pot ethnique, nous avons toujours été au fond et continuons d'être, de plusieurs manières, un pays de lâches", lançait en 2009 le tonitruant nouveau ministre de Barack Obama.
 
Cheveux poivre et sel, petite moustache brune, Eric Holder s'est illustré récemment sur le terrain à Ferguson, dans le Missouri (centre), après la mort en août d'un jeune Noir abattu par un policier blanc.
Venu pour tenter d'apaiser les émeutes raciales qui ont suivi, il a ensuite lancé une enquête sur le comportement de la police locale et plus généralement sur l'existence éventuelle de pratiques discriminatoires, comme il l'avait fait dans d'autres polices du pays.
 
Baisse historique de la population carcérale
 
Le 82e Attorney General s'est aussi battu pour réformer le système pénal, réduire les longues peines de prison qui frappent les petits dealers de crack, souvent noirs, rétablir le droit de vote à la sortie de prison, faciliter la réinsertion des prisonniers. Sa dernière annonce officielle aura été la baisse "historique" de la population carcérale, une première, résultat de sa réforme pour mettre fin à la "spirale destructrice de pauvreté, de criminalité et d'incarcération qui a piégé (...) en particulier les gens de couleur".
 
A son bilan de longévité --seuls deux autres ministres de la Justice seront restés plus longtemps--, s'ajoutent une victoire sans précédent à la Cour suprême pour le mariage homosexuel et l'amorce d'une réflexion sur les méthodes controversées d'exécution. Mais Holder affiche aussi des échecs devant la plus haute Cour du pays, qui invalide, à son grand dam, des pans entiers de la loi protégeant le droit de vote des minorités.
 
Perçu comme un progressiste partisan par de nombreux conservateurs, ses relations avec le Congrès étaient aussi houleuses. Face à la résistance des républicains, il ne parvient pas à faire juger, hors de Guantanamo, les accusés du 11-Septembre qui 13 ans après les attentats n'ont toujours pas eu de procès.
 
Il est critiqué pour avoir approuvé les attaques de drones ou les programmes de surveillance de masse de l'Agence de sécurité nationale NSA. Ou encore est accusé d'outrage au Congrès pour manque de coopération dans une sombre opération de lutte contre le trafic d'armes avec le Mexique. En juin 2012, la Chambre des représentants lui vote la défiance, une première historique.

AFP

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